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oct. '06
30
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Agn?s B/James Chance

Samedi dernier, j’ai été invité au vernissage de l’exposition DOWNTOWN 81 organisée en partenariat avec Agnès B. skyline, aux Frigos, dans le treizième arrondissement.

DOWNTOWN 81 est le nom du long-métrage réalisé par Edo Bertoglio, ayant pour toile de fond la scène artistique new-yorkaise du début des années 80, dans lequel Jean-Michel Basquiat joue son propre rôle.

Commencé au début des années 80 et arrêté faute de moyens, DOWNTOWN 81 est une sorte de chef d’œuvre abandonné puis repris un quart de siècle plus tard pour notre plus grand plaisir.

En 1979 Basquiat a 19 ans, tague « SAMO » (pour Same Old Shit) sur les murs de New York et fait de l’art avec ce qui lui tombe sous la main ; sweat-shirts, planche de bois…

Il rencontre Glenn O’Brien et collabore à son émission « TV Party ». Basquiat y fait la connaissance de Maripol et d’Edo Bertoglio.

Glenn commence à écrire le scénario de DOWNTOWN 81 avec Basquiat dans le rôle principal, Maripol et Edo étant respectivement directrice artistique et réalisateur/photographe de plateau.

C’est pendant le tournage du film que Basquiat va véritablement décoller. En l’espace d’un an il devient une des figures de proue de l’art contemporain mondial.

À l’occasion de la sortie en DVD du film, Maripol, directrice artistique et productrice du film, a monté une exposition regroupant photos de plateau, documents d’époques (affiches, photos…) et vidéos inédites.

Quelques toiles amusantes comme ce « Happy as a penis » de John Lurie mais l’intérêt réside surtout dans les photos : Warhol et Basquiat marchant dans les rues de New York, Madonna avant qu’elle ne remplisse des stades, Basquiat face à Debbie Harry déguisée en fée…

Mes 20 ans se font discrets, j’essaye de percevoir comment ces gens pouvaient vivre, créer, aimer, se droguer, mourir ou survivre dans le New York underground des 80’s : la fin de la première vague punk et le début de la « No Wave », les prémices du hip hop et le graff’ reconnu comme art. Pas encore le sida mais l’héro qui traîne dans les bas-fonds.

Le défunt Basquiat que l’on nomme habituellement avec déférence dans les cours d’histoire de l’art et les plus grands musées internationaux s’appelle ici jean-michel ou Jean.

Un peu plus et l’on aurait presque l’impression de voir un bout de ses dreads près du bar…

La soirée menant bon train, c’est déjà l’heure du concert de James Chance.

Avant de m’y rendre, je ne savais absolument rien de ce dénommé James Chance. Qui peut t-il bien être ? Un folkeux boutonneux ? Un poulain d’Agnès B ? Une pseudo icône post-punk ??? L’invitation représentait un méchu en veste imprimée et nœud pap’, soufflant dans un saxophone. Tu parles d’un indice pour un jeune cul comme moi !

Plutôt curieux, je me dirige vers la salle où aura lieu le concert. Dans une pièce voûtée qui rappelle une champignonnière, je me faufile en direction du devant de la scène.

La foule a des airs du Palace, 20 ans après. Des personnes que je ne connais qu’à travers la lecture des chroniques d’Alain Pacadis. C’est excitant et triste à la fois. Difficile à 20 berges de se projeter dans l’avenir. Ardu de se dire qu’un jour aussi nous serons usés par de trop nombreuses nuits sans sommeil, avec de l’embonpoint et une masse folliculaire moins fournie. Allons Foucauld ! Ressaisissez-vous ! Après vous être attiré les foudres des rappeurs novanautes vous n’allez tout de même pas subir le courroux des quadras underground !

En guise de pied de nez à mes préjugés pas toujours très fondés, Maripol, superbe, monte sur scène, ôte sa pelisse couleur neige et saisit le micro pour nous annoncer l’arrivée de James Chance.

Entre alors un petit monsieur, en veste de smoking blanche. De bonnes joues et des airs d’enfant timide, il salue le public d’un hochement de tête et vient s’asseoir en retrait, face à son orgue.

James Chance joue tout de suite très vite, limite en défonçant les touches de l’orgue. Cela sonne assez free jazz. Je n’accroche guère aux premiers abords, mais shoote à répétition, comme pour mieux appréhender le personnage.

Rapidement, il abandonne son clavier pour le micro central. Le son se fait plus funk mais toujours très jazzy. En dépit de cela, James Chance semble endosser une casquette de crooner. Déroutant. Je commence à être conquis, tout comme une bonne partie du public.

A peine le temps de l’étiqueter, James Chance saisit son saxophone et nous séduit définitivement. Imprévisible, il tombe à genoux puis s’agrippe à son pied de micro, ultime bouée de sauvetage. De grands sourires illuminent les visages du public. James Chance danse et fait trembler la scène à grand renfort de souliers vernis. Il n’y a pas de fioritures. Sa démarche est entièrement naturelle. James Chance est James Chance et personne d’autre. Rien à voir avec une rock star juvénile calquant ses attitudes sur celles de ses aînés.

En guise de pause, il retourne visiter son orgue et cherche à lui porter le coup de grâce ! Il frappe les touches du plat de la main. L’orgue tremble et manque de faire choir le verre de rhum qu’il supporte. C’est moi qui suis obligé de le retenir ! Cette démarche attire le regard de James Chance qui saisit son godet pour s’en allonger un derrière le nœud pap’. Et c’est reparti de plus belle jusqu’à l’apothéose. Un rappel triomphal et c’est déjà la fin.

Une seule chose à dire : le jeune-cul est conquis et les « vieux » sont encore verts !

 

Je pars reprendre mes esprits près du bar. Je tourne le dos à Rachid Taha qui arborre un long manteau de fourrure digne d’un prince de la Medina.

Alors que je discute avec mon accolyte charles-baptiste, deux messieurs viennent nous embêter en voulant à tout prix essayer nos lunettes. Nous les laissons faire puis discutons avec eux. Ils nous expliquent ce que représente un mec comme James Chance pour eux : l’incarnation musicale de ce qui se passait à New-York à cette époque. Une culture jazz mélangée avec des nuits funk et une pincée de l’énergie destructrice du punk. La synthèse de leur jeunesse en un concert ? Quel en est l’équivalent à notre époque ? L’avenir nous le dira…

De retour chez moi (je vous fais grâce des détails de mes ablutions personnelles et de la marque de dentifrice que j’utilise pour me brosser les râtiches), je m’installe à mon bureau pour visionner, enfin, DOWNTOWN 81.

Le film commence avec Basquiat à l’hôpital. Il semble émerger du coma et apprend qu’il a enfin l’autorisation de sortir. Le temps de passer chercher ses effets personnels (dont une clarinette qu’il emportera sous son bras) et Jean-Michel est déjà dans la rue.

New York ! New York ! On se réapproprie les rues de la ville en même temps que lui, on salue ses potes grapheurs, décline de la coke mais achète un joint avec ses dernières piécettes… Et enfin, en passant devant l’Empire States Building, on lève la tête et laisse échapper une longue plainte de clarinette en direction des cieux… Une métaphore pour montrer que c’est dans le chaos du Bronx que Basquiat voyait l’avenir lui sourire ?

C’est sur cet avant goût que je vous laisse, amis lecteurs, tout en vous enjoignant d’aller voir cette merveilleuse exposition et de sauter sur l’occasion pour investir dans ce magnifique dvd qu’est DOWNTOWN81.

 

« DOWNTOWN81 » chez  agnèsB.Skyline
Du mardi au samedi, de 12h à 19h, jusqu’au 21 novembre
19, rue des Frigos
75013 Paris

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