La Vida Loca · BHmagazine.fr

La Vida Loca

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Dans La Vida Loca, Christian Poveda essaie. Il se donne 16 mois de tournage, son temps et sa vie pour savoir. Pendant 1h30 il tourne autour de ses personnages, les sonde et veut comprendre. Comprendre qu’est ce qui mène à banaliser totalement la mort et la violence. La banaliser au point que les tués ne méritent que sacs poubelles et arrières poussiéreux de range-rover aprés leur mort. Que la foule sereine les observe comme on regarde un simple fait divers. Au point  que l’enterrement et la veillée funèbre ne sont plus des cérémonies mais de simples rituels se répétant à l’infini. De comprendre comment dans une ville les gangs se sont implantés, réévaluant l’espérance de vie à une vingtaine d’année.

Dans La vida Loca, Christian Poveda ne cherche pas à faire du sensationnel. Il se contente de filmer, de fouiller, de poser sa caméra et d’observer pour trouver les réponses à sa question principale : Qu’est ce qui fait que deux gangs, jeunes de moins de 20 ans, ont totalement transformé la vie d’un pays ? Il filme différents personnages, tous plus ou moins jeunes, et leur quotidien de « panderos » (nom des membres d’une Mara). Mères-filles, post-adolescents défoncés et perdus, ONG pleines de bonnes volontés mais sans organisation, tribunaux et flics douteux, casting classique du cinéma de gangsters de ces 15 dernières années. Seulement là pas de Tony Montana, puant le faux en costard blanc. Les filles ont du ventre, les mecs sont maigres et moustachus. La violence et l’horreur dans ce qu’elle à de moins scénarisé nous est montré. Aucun assassinat juste des coups de feux comme une horloge bien réglé qui sonnerait à intervalle trop régulier. On est ici plus prés du réalisme froid et rude de Gomorra que de l’esthétisation de la misère à outrance de la Cité de Dieu.

Mais revenons à la question de Poveda : Pourquoi ? Une mafia en bon capitaliste, se bat et utilise tous les coups permis par le génie de l’homme pour conserver des territoires, des business. Le terroriste défend une cause. Mais la Mara ?

Après ces mois passés au contact des membres, ces heures de rush et de prise de risque, il n’a pas trouvé. Ou plutôt il n’y a pas répondu, pour la simple raison qu’il n’y a pas de réponse. L’aspect flagrant dans le documentaire de Poveda c’est l’absence d’intention de toute cette violence. Les jeunes assassins en devenir ne semblent pas savoir pourquoi ils tuent. Ils sont eux même de futurs cadavres jochant la chaussée, morts d’une énième vengeance. La violence existe ici dans ce qu’elle à de plus absurde : un simple cercle. Un homme est tué, on le veille, on l’enterre la copine pleure, la mère la console, le meilleur ami promet de le venger, un homme est tué … La violence se justifie par la violence point.

Le plus dur dans La Vida Loca n’est pas vraiment dans ce qu’il nous montre. Les images ne sont pas choquantes. Poveda ne veut pas nous en mettre plein la vue, il a confiance en son sujet pour nous intéresser. Non, le plus dur dans la Vida Loca c’est le desespoir total dans lequel sont plongés ses sujets. Rien ne marche et rien ne marchera. Le monde des maras n’offre aucune porte de sortie sinon la mort ou la prison. Rien dans le film ne laisse paraître une touche d’espoir. C’est bien ca le plus perturbant. Les personnages du film sont nés avant les maras, les enfants qui naissent dans le film sont les enfants des maras, ces enfants là sont mort en naissant.

Note : 5/5

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