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juil. '06
08
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Gen?se



« Les femmes sont comme des miroirs, elles réfléchissent mais ne pensent pas. »


Le premier jour: il est 22h18


Le premier jour tout était noir. J’étais sur une droite à gauche du losange. Elle était sur une diagonale du carré de l’autre coté de la mer. Nous vivions sur de larges quadrillages. Seule deux droites me séparaient de sa diagonale, je n’étais qu’à une page de son cartilage.

Le deuxième jour: il est 8h45
    
Le deuxième jour, un écran s’est allumé devant moi. Elle était dedans désirable et pixellisée. Elle n’était alors qu’un potentiel: de désirs, de tendresse, de maternité.  Elle appelait une liste d’actions ordonnées et procédurières: Télécharger, payer, déshabiller, filmer.

Le troisième jour : il est 13h45

Elle avait aux poignets de larges bracelets en aluminium, gravés par des buses industrielles qui portaient la mention 924. Les bijoux étaient sertis des deux pierres d’ambre tant à la mode autrefois. Le métal blanc sur sa peau blanche se détachait sur le fond noir de mon écran.

Le quatrième jour: il est 12h00

La fille à l’ambre a dansé toute la matinée pour moi. Elle a l’allure d’une fillette avec sa grande bouche et ses yeux noirs; avec ses épaules qui frémissait  encore dans son corsage sous l’ardeur de la danse, avec ses boucles noires rejetées en désordre en arrière, ses bras nus graciles, ses jambes fines dans des pantalons de coton et ses petits pieds nus, elle était à l’âge charmant où la jeune fille  n’est plus une enfant, mais ou l’enfant n’est pas encore une jeune fille.
Nous étions tout deux dans un état d’adolescence il fallait faire quelque chose de fou pour entrer dans l’obsolescence.

Le cinquième jour : il est 22h41

Elle mange un yogourt nature avec une cuillère en fer blanc, ces longs doigts étreignant le pot en plastique, elle a ouvert sa bouche pleine d’un mélange de lait fermenté et de salive et murmuré quelque chose. J’ai identifié cette chose que comme un  « je ».  
Posons le « je » de la sensation: neutre et limpide mettons le en relation  avec le « je » de l’intermédiation.  En tant que tel  le corps de la fille à l’ambre lui appartient, donc il m’appartient mais je ne ressens pas la saveur lactée dans ma bouche, la sensation me trompe ou bien c’est cette fille qui est trompeuse. « Les femmes se partagent en femmes trompées et en femmes trompeuses. »

Le sixième jour : il est 23h24

Je suis malade de me savoir ici en train de gaspiller ces mots pour une série discrète  de lecteurs distraits accomplissant tous les jours une suite abstraites d’actions concrètes. J’en ai des bouffées de chaleur.


Le septième jour: il est 06h06

La fille à l’ambre avance ses doigts fins et pales et saisi l’emballage blanc d’un yogourt nature. Elle déchire la pellicule d’aluminium et plonge une cuillère propre en fer blanc dans le liquide lacté, l’emplie et la dirige vers ses lèvres. Au moment où la bouche s’ouvre, la cuillère déborde, le yogourt s’épand, dégringole et vient couler sur un câble dénudé de la caméra.
Je viens de tuer la fille à l’ambre, je suis toujours seul devant mon écran envoyant des messages dans un vide que j‘espère plein. De deux animaux égoïstes et rationnels, le plus égoïste et le plus rationnel a survécu.  Existe-t-il un autre être humain ou les messages que je compose sont-ils les monologues d’un désaxé?
    

Ici naît le trip de Sir Mattheus qui ne s’adresse à personne mais qui est acide du souvenir de la fille qui à présent gît dans le yogourt létal -violence des échanges-.  Elle était pourtant bien vivante dans l’écran qui venait, le deuxième jour, de s’allumer devant moi: assis nu sur ma droite à gauche du losange et elle entourée de cartilage perdue dans un coin du grand quadrillage.







akshuor
le 28/11/07

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